Puja Kapai

« En récompensant mon travail visant à faire avancer la justice sociale en matière de race, de genre et de droits des minorités, ce prix rend visibles les réalités vécues de tous ceux qui sont régulièrement marginalisés et qui subissent l’exclusion et la discrimination systémique »

Puja Kapai

L’histoire de Puja

Ayant grandi au sein d’un groupe ethnique minoritaire dans la société racialement homogène de Hong Kong, Puja Kapai s’est heurtée à des obstacles à l’éducation dès son jeune âge. À l’époque, la ségrégation raciale dans les écoles était encore une pratique courante. Puja s’est donc inscrite à une école publique accueillant une forte concentration d’élèves issus de minorités ethniques. Cette école deviendrait un des quelques établissements désignés acceptant des enfants minoritaires. Alors que ses camarades chinois assistaient à des cours de cantonais, une langue qui leur permettrait d’obtenir de meilleurs emplois parmi la population active de Hong Kong, Puja devait se rendre dans la classe de musique pour effectuer des périodes d’étude autodidacte en compagnie d’autres enfants issus de minorités ethniques.

Malgré ce départ inégal, Puja a fini par devenir une chercheuse largement publiée, avocate, enseignante et défenseuse de la justice sociale. Elle a adopté une approche unique combinant la recherche empirique approfondie, la mobilisation populaire et le plaidoyer pour instaurer des changements durables à Hong Kong. Son rapport exhaustif sur le statut des minorités ethniques à Hong Kong réunit des données complètes pour présenter, pour la toute première fois, comment la nature systémique de la discrimination raciale s’inscrit dans plusieurs domaines, dont l’éducation, l’emploi et le logement. Le travail de Puja démontre l’importance d’aborder les facteurs étroitement liés tels que le genre, la race, l’âge et le statut d’immigration qui, en retour, soulignent le besoin d’une approche intersectionnelle à la compréhension des causes des inégalités à Hong Kong.

Le plus important travail de Puja est son illustration minutieuse de l’impact négatif des écoles ségréguées sur la vie des individus issus des minorités ethniques de Hong Kong, notamment la perte de possibilité et la privation dans de nombreux domaines. Elle a présenté cette recherche au gouvernement de Hong Kong et à trois organismes s’occupant des traités des Nations Unies (ONU) révisant les obligations de Hong Kong en matière de discrimination raciale, de droits des enfants et de droits de la personne. En 2014, en réponse directe à la recherche et au plaidoyer de Puja, et en collaboration avec des organisations locales non gouvernementales dirigeant les travaux sur ces questions, Hong Kong a aboli la politique officielle désignant des écoles séparées pour les enfants issus de minorités ethniques, et le gouvernement a introduit un cadre pédagogique d’apprentissage d’une langue seconde dans le programme de langues chinoises des écoles publiques.

Ce n’est qu’un exemple du formidable impact de Puja sur sa société. Son travail se penche sur les enjeux de l’éducation, de la violence familiale, des droits des enfants, de la violence fondée sur le genre, de la discrimination fondée sur la race, le genre, la religion et l’orientation sexuelle et des préjugés inconscients. En outre, son travail a aidé des législateurs, ministères gouvernementaux et organismes de la société civile à élaborer des lois et des politiques en utilisant une approche intersectionnelle dans un vaste éventail de secteurs pour garantir une protection égale pour tous. Elle a revendiqué avec succès la révision de procédures gouvernementales pour traiter des cas de violence faite aux enfants, de maltraitance des enfants, et de violence familiale et sexuelle impliquant des minorités ethniques ainsi que l’amélioration de programmes de formation pour les policiers traitant les dossiers impliquant des minorités ethniques. Sa recherche et ses activités de plaidoyer ont entraîné la création par le gouvernement de mesures ciblées visant à soutenir les minorités ethniques.

Ayant elle-même subi les effets négatifs de l’exclusion et des préjugés, Puja travaille sans relâche pour faire avancer l’égalité des droits pour tous les habitants de Hong Kong. Qu’elle s’adonne à la recherche, au plaidoyer ou à la mobilisation, ou qu’elle enseigne à ses étudiants comment reconnaître et aborder les enjeux de justice sociale qui les entourent, Puja est motivée par la conviction profonde que tous les Hongkongais méritent le même respect et les mêmes possibilités, et que les lois et politiques de sa ville seront renforcées par leur inclusion et la reconnaissance de leur dignité égale.

Même si Hong Kong a la réputation mondiale d’être une plaque tournante internationale, la ville est homogène du point de vue racial. Les Chinois composent environ 92 pour cent de la population. Les minorités ethniques représentent 8 pour cent de la population de Hong Kong. Parmi celles-ci, 4,2 pour cent sont des travailleurs domestiques étrangers qui doivent respecter des modalités de travail temporaire dans le cadre d’un régime d’emploi spécifique. Enfin, 3,8 pour cent sont des résidents à long terme faisant partie des minorités ethniques. Ce groupe de minorités ethniques a des possibilités limitées et est victime de préjugés et de discrimination systémiques dans plusieurs domaines, dont l’éducation, l’emploi, le logement et les soins de santé. Les barrières linguistiques exacerbent les défis structurels des minorités. Sans éducation, en cantonais ou en mandarin, les minorités ethniques sont plus susceptibles d’occuper des postes moins bien rémunérés. La pauvreté et l’accès inégal aux services sociaux essentiels affectent ces communautés de façon disproportionnée.

Hand in Hand: Centre pour l’éducation juive-arabe en Israël

« Avec chaque nouvel élève, école, communauté et partenaire, nous envoyons un message de changement qui participe à la création des fondements solides d’une société égale et pluraliste pour les Juifs et les Arabes à laquelle tout le monde a le sentiment d’appartenir pleinement. »

Dani Elazar, CEO Hand in Hand: Center for Jewish-Arab Education in Israel

L’histoire de Hand in Hand

À l’école Max Rayne Hand in Hand de Jérusalem, les coenseignants Sirin et Chaim accueillent leurs élèves de deuxième année après les vacances d’été. Sirin et Chaim demandent à la moitié de la classe de se tenir par la main et d’encercler l’autre moitié de la classe pendant que la musique joue. Quand la musique s’arrête, les élèves se font face. Sirin, en arabe, dit alors : « Demandez à votre ami pourquoi il est heureux de recommencer l’école ». Les élèves s’exécutent, puis la musique recommence. Au prochain silence, Chaim demande aux élèves, en hébreu : « Quelle est la chose la plus amusante que vous avez faite pendant vos vacances? ». Pendant l’année scolaire, ces élèves arabes et juifs étudieront ensemble en hébreux et en arabe, et apprendront la langue, l’histoire et l’héritage des deux groupes. Ils célébreront les récits, chansons, symboles et traditions des musulmans et des juifs ainsi que les fêtes chrétiennes. Ils apprendront, comme ils le font dans cette activité en cercle, à s’écouter les uns les autres, à se faire confiance et à rire ensemble.

Cette ambiance dynamique et multiculturelle est caractéristique des écoles Hand in Hand, mais se trouve difficilement en dehors de celles-ci. Le système d’éducation israélien est divisé selon des clivages ethniques et religieux. Souvent, les individus de différentes communautés ne se rencontrent pas les uns les autres avant d’être de jeunes adultes, et à ce moment, plusieurs d’entre eux sont pris dans un des deux côtés d’un conflit complexe et violent qui dure depuis des générations.

En 1998, Hand in Hand a proposé une option transformatrice et différente à cette réalité divisée en mettant sur pied les premières classes intégrées et bilingues d’élèves juifs et arabes. Reconnues par le ministère de l’Éducation israélien, ces écoles publiques primées accueillent maintenant plus de 2 000 élèves juifs et arabes de la prématernelle à la douzième année dans diverses villes du pays. Les équipes de coenseignants juifs et arabes utilisent des méthodes innovantes pour enrichir le sentiment identitaire des élèves tout en favorisant le respect de leurs pairs. L’égalité, l’empathie, la responsabilité et le respect sont les piliers de la pédagogie des écoles Hand in Hand. Les élèves apprennent à faire preuve de pensée critique, à parvenir à un désaccord respectueux et à aborder l’histoire selon plusieurs perspectives.

Au fil des ans, le modèle de Hand in Hand est passé d’un réseau d’écoles à un modèle de vie et d’apprentissage communs en trois volets, qui comprend les écoles intégrées, les communautés inclusives et davantage de partenariats publics. Le personnel, les parents, les élèves et les anciens élèves de Hand in Hand font partie d’un mouvement national animé par des valeurs partagées et par le choix de créer un changement positif qui s’étend bien au-delà de l’enceinte des écoles. Les programmes communautaires de Hand in Hand mobilisent des milliers de personnes pour bâtir une société fièrement partagée d’inclusion, d’égalité et de respect, et ce, par le dialogue et des programmes linguistiques, des célébrations et événements culturels, des conférences et ateliers, la participation civique et l’activisme, des séminaires sur le leadership et des conférences nationales. En collaborant avec les municipalités et le ministère de l’Éducation, le travail de Hand in Hand influence de plus en plus le système d’éducation national de l’intérieur.

Chaque jour, dans les écoles et communautés Hand in Hand de partout au pays, des milliers d’enfants et d’adultes apprennent non seulement à se tolérer les uns les autres, mais à se respecter, à s’accepter et à apprendre les uns des autres. Ils découvrent que la diversité n’est pas une menace, mais qu’elle est plutôt une expérience enrichissante et une grande occasion de grandir en tant qu’individus et en tant que société.

La méfiance et la peur entre les communautés arabes et juives en Israël sont profondément ancrées, découlant non seulement du conflit israélo-palestinien, mais également de la division spatiale des communautés juives et arabes, notamment dans la séparation du système d’éducation public en deux branches qui fonctionnent en vase clos en fonction de clivages ethniques et religieux. Ceci contribue grandement à la division entre les deux groupes. La majorité des élèves juifs en Israël sont peu ou pas du tout exposés à la culture arabe dans un contexte scolaire, les deux communautés n’ayant pas l’occasion d’établir les relations et partenariats intercommunaux qui sont essentiels à la création de sociétés plus pluralistes.

REFORM

« Depuis ses débuts, REFORM se consacre à la promotion de la diversité et à l’acceptation des différences comme une ressource précieuse pour la diversité sociale et culturelle, qui à son tour favorise la solidarité entre les différentes composantes de la société palestinienne. Nous luttons activement contre les stéréotypes et la stigmatisation sur tous les fronts. Ce prix témoigne que nous sommes engagés sur la bonne voie et nous espérons qu’il s’agira d’une réussite internationale pour la Palestine. Il nous incite à poursuivre nos courageux efforts contre l’exclusion, l’asymétrie de pouvoir et la marginalisation. Il nous aidera à mieux nous faire entendre pour réclamer le rétablissement de la démocratie en Palestine »

Oday Karsh, directeur général de REFORM

L’histoire de REFORM

Dans un café de la ville palestinienne de Ramallah, de jeunes hommes et femmes sont assis en petits groupes et discutent de passages de L’Alchimiste de Paulo Coelho. Ils sont venus de différentes communautés et de différents milieux de Palestine pour participer à ce café culturel organisé par REFORM : l’Association palestinienne pour l’autonomisation et le développement local. Avec l’aide d’un animateur, ils discutent du lien entre le livre et les questions d’appartenance. Ensuite, ils se lèvent pour participer à un jeu de rôle inspiré du livre, dans lequel chaque personne joue le rôle d’une autre. Ces jeunes vivent dans le camp de réfugiés voisin, dans les zones C (zones de la Cisjordanie contrôlées par Israël), dans la ville de Ramallah ou dans les villages environnants. Les rencontres entre eux sont extrêmement importantes en raison du manque d’espace civique et du contexte tendu en Palestine.  

Les déplacements étant fortement limités en raison de l’occupation israélienne, les processus démocratiques et les espaces civiques font défaut; il existe des clivages politiques, une violence permanente et une incertitude économique. La Palestine est très instable et fragmentée par la stigmatisation et l’exclusion sociale. La jeunesse palestinienne est de plus en plus confrontée à des difficultés qui entravent sa participation aux sphères sociales et politiques. De nombreuses femmes sont également marginalisées dans la vie civique et économique, tandis que les taux de violence fondée sur le genre augmentent.  

Fondée en 2012 par un groupe de jeunes militants, REFORM est une organisation non gouvernementale palestinienne qui s’efforce de donner aux groupes marginalisés et aux communautés difficiles à atteindre les moyens de participer à la vie sociale et d’influer sur la prise de décision. Pour répondre aux besoins complexes de leur société, l’organisation a développé un large éventail d’initiatives, allant de son projet Accès au-delà des frontières, qui renforce la participation sociale et politique des jeunes et des femmes stigmatisés issus des camps de réfugiés, des zones C et des communautés difficiles à atteindre, à son Programme de gouvernance et de politique publique, qui réforme le processus d’élaboration des politiques publiques pour le rendre plus inclusif. D’autres projets renforcent la participation des femmes à la société par le biais de possibilités économiques et d’actions de plaidoyer. REFORM forme également les jeunes et leur fournit les outils nécessaires pour transformer les conflits entre groupes et les partis politiques, en leur donnant les moyens de réagir positivement à la différence. 

REFORM crée des espaces sûrs pour le dialogue et l’établissement de liens entre différentes zones et différents groupes en Palestine, dont les membres des communautés marginalisées et les décideurs. L’organisation vise à renforcer la cohésion et la solidarité entre les différents groupes palestiniens, en particulier ceux qui sont les plus polarisés. En associant de manière unique la sensibilisation, le renforcement des capacités, la formation et le mentorat, elle favorise la participation de tous les membres de cette société diversifiée, ce qui constitue une étape vers la paix durable et le pluralisme qu’elle envisage pour la Palestine.

REDIN

« Ce prix est une occasion de faire connaître les luttes des jeunes du Sud, des jeunes racialisés qui résistent à l’oppression linguistique et culturelle de l’État et de son système judiciaire. Nous nous réinventons et nous nous battons, ensemble, depuis nos territoires »

Eduardo Martinez, directeur général et représentant juridique du Réseau d’interprètes et de promoteurs interculturels A.C.

L’histoire du Réseau d’interprètes et de promoteurs interculturels Association civile

Un groupe de jeunes interprètes pénètre dans une prison de la région rurale d’Oaxaca, au Mexique. Comme partout dans cet État, cette prison est extrêmement diversifiée. De nombreuses personnes derrière les barreaux ne parlent pas l’espagnol; elles parlent une variété de langues autochtones. Ce sera leur première occasion depuis des mois de converser dans leur propre langue. Dans certains cas, le tribunal hispanophone ne leur a jamais communiqué les charges retenues contre elles. Avec l’aide des interprètes, elles peuvent poser des questions sur leurs procédures judiciaires et obtenir les dernières nouvelles concernant leur communauté. Par la suite, les interprètes mettront ces personnes en contact avec des défenseurs publics et veilleront à ce que leurs droits juridiques soient respectés. 

Les interprètes sont membres du Réseau d’interprètes et de promoteurs interculturels Association civile (REDIN), un collectif de jeunes autochtones qui renforce l’accès à la justice pour les peuples autochtones. Le REDIN fournit des services d’interprétation en langue autochtone adaptés à la culture des Oaxaquiens engagés dans des procédures judiciaires au Mexique et aux États-Unis.  

Oaxaca est un lieu de grande diversité linguistique et culturelle, avec 16 groupes autochtones recensés et plus de 177 variantes linguistiques. Les communautés autochtones de la région sont confrontées au racisme structurel et historique. Pour échapper aux faibles possibilités économiques et à la marginalisation, de nombreuses personnes émigrent vers d’autres régions du Mexique et des États-Unis. Cette situation place souvent les groupes autochtones, les jeunes, les femmes et les personnes issues de la diversité des genres dans des situations dangereuses ou en contact avec des systèmes juridiques qui ne comprennent pas leur contexte culturel, économique et politique. Lorsqu’ils sont confrontés au système judiciaire, les services d’interprétation pour les langues autochtones font cruellement défaut.  

En formant de jeunes professionnels au métier d’interprète avec une approche interculturelle des droits de la personne, le REDIN contribue à garantir les droits des Autochtones à chaque étape du processus judiciaire. Depuis 2019, le REDIN a formé plus de 120 jeunes autochtones en tant qu’interprètes et a aidé plus de 800 personnes autochtones dans leurs processus judiciaires. En collaboration avec les institutions judiciaires locales, le REDIN a produit un module de formation des interprètes en langues autochtones dans le domaine des poursuites judiciaires et de l’administration de la justice à Oaxaca.  

Le REDIN propose également des formations sur les droits de la personne et l’engagement civique aux étudiants autochtones et contribue à préserver la diversité culturelle de l’État d’Oaxaca en documentant les traditions orales et en défendant les droits des artisans.  

Les initiatives de ce réseau aident la population diversifiée d’Oaxaca à faire respecter ses droits, à faire entendre sa voix et à valoriser sa culture. La mise en relation avec l’un des interprètes du REDIN peut changer la vie d’un prisonnier. En outre, le REDIN renforce les systèmes judiciaires, les rendant plus inclusifs et plus réceptifs à la diversité de la population mexicaine. 

Esther Omam

« Ce prix est une confirmation de la valeur du concept voulant qu’on ne laisse personne de côté. Que l’humanité, plus que jamais, doit toujours passer en premier. Que notre diversité est notre lien et que, grâce au pluralisme, chacun peut s’exprimer. Ce prix symbolise toutes les raisons pour lesquelles je me bats en tant que femme, artisane de la paix et leader au Cameroun, un pays dans lequel l’acceptation de notre diversité et de notre pluralité peut être une solution à notre situation difficile »

Esther Omam

L’histoire d’Esther

Des artisanes de la paix, des autorités locales, des résidents et des personnes déplacées à l’intérieur (PDI) du pays qui ont fui leur domicile dans le cadre de la crise anglophone au Cameroun s’assoient à des tables disposées en cercle. Dans un village de la région du sud-ouest du Cameroun, l’organisation non gouvernementale d’Esther Omam, Reach Out Cameroon, a réuni ces participants pour relever les différents défis auxquels ils sont confrontés. Ils discutent des tensions entre les résidents des communautés d’accueil et les PDI, des femmes et des filles contraintes à des mariages précoces, et de l’aide apportée aux membres les plus vulnérables de la communauté. Esther écoute attentivement les participants avant de les aider à définir les étapes à suivre pour faire part de leurs préoccupations au chef. Le dialogue dure des heures et s’accompagne d’une distribution de vêtements donnés et d’une visite de la clinique ophtalmologique mobile de Reach Out. Cette initiative est l’une des nombreuses façons dont Esther, artisane de la paix, médiatrice et défenseuse des droits de la personne primée, favorise une culture de la paix au Cameroun. 

La crise anglophone a débuté en 2016 lorsque la minorité anglophone du Cameroun a commencé à se plaindre de la marginalisation dont elle faisait l’objet dans le pays majoritairement francophone. Depuis 2017, le pays a connu une escalade de la violence entre les forces gouvernementales et les groupes armés non étatiques qui réclament la sécession des régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest de la République du Cameroun. La guerre civile a coûté la vie à plus de 6 000 personnes, entraîné le déplacement interne de plus d’un million de personnes et laissé 4,7 millions de personnes dans le besoin d’une aide humanitaire. 

Esther Omam a fondé Reach Out Cameroon en 1996 pour soutenir les populations vulnérables dans les communautés mal desservies pendant l’épidémie de VIH. En réponse à la crise anglophone, elle s’est concentrée sur l’intégration de programmes humanitaires. À ce jour, l’organisation a desservi plus de 1 700 000 personnes dans des centaines de communautés isolées, dont certaines n’ont encore été aidées par aucune autre organisation. Lorsque la crise anglophone s’est intensifiée, Esther a intégré la consolidation de la paix dans son approche, en mobilisant et en responsabilisant les femmes et la jeunesse pour qu’elles contribuent à mettre fin au conflit. Son impact est considérable, allant de la coordination de la première action civile dénonçant la violence, à la facilitation de la participation des femmes aux dialogues locaux et nationaux pour la paix, en passant par l’ouverture d’Esther’s Brave Space, une maison de la paix qui offre un hébergement temporaire et des conseils aux survivantes de la violence fondée sur le genre. Elle a rassemblé des milliers de femmes dans le cadre de manifestations et de conventions pacifiques pour exiger collectivement la fin de la violence.  

Malgré le grand danger qu’elle court, Esther continue à défendre le pluralisme en améliorant la vie des femmes et des enfants, en renforçant les communautés et en unissant un large éventail de voix en faveur de la paix et de la cohésion sociale au Cameroun.