Deborah Ahenkorah

« Je me sens extrêmement choyée de recevoir ce Prix. Après une décennie à faire valoir l’importance de la littérature africaine pour enfants, cet honneur souligne à quel point nous nous rapprochons de notre objectif de mettre la littérature africaine pour enfants sur le piédestal mondial, comme elle le mérite. Il me tarde de voir le jour où nous pourrons entrer dans une librairie, où que ce soit dans le monde, et trouver d’extraordinaires histoires africaines accessibles à tous. »

Deborah Ahenkorah

L’histoire de Deborah

Deborah Ahenkorah comprend le pouvoir des livres. Enfant, elle a passé des jours entiers à éplucher les pages de livres qu’elle trouvait dans les boutiques et les bibliothèques locales. Inspirée par ces histoires, elle s’est imaginé fonder son propre empire de gardiennage, comme celui des filles du Club des Baby-Sitterset elle rêvait d’un Temps des Fêtes hivernal. Mais Deborah n’avait jamais vu de neige. Et le gardiennage n’était pas quelque chose que les jeunes filles faisaient dans sa communauté. Ayant grandi au Ghana, les livres que Deborah lisait étaient importés et remplis de personnages étrangers ayant des noms et des problèmes qui ne lui étaient pas familiers.

Deborah a grandi en croyant que sa culture et ses histoires n’étaient pas importantes. Lorsqu’elle pensait à son avenir, elle ne l’imaginait pas au Ghana. Elle voulait son propre appartement à River Heights, aux États-Unis, le foyer de son héroïne d’enfance, Nancy Drew. Deborah visualisait un avenir éloigné de sa culture, de son histoire et de son pays natal.

Des années plus tard, alors qu’elle étudiait aux États-Unis, Deborah a voulu s’assurer que d’autres enfants africains puissent, comme elle avait pu, avoir accès à des livres. Elle a démarré une organisation recueillant des dons de livres qu’elle envoyait à différents pays africains. Un jour où elle préparait des boîtes, elle est tombée sur un livre illustrant une petite fille africaine. Elle s’est alors rendu compte que parmi les milliers de livres que son organisation avait envoyés à de nombreux pays africains, c’était le premier qui reflétait les réalités des personnes qui allaient le recevoir.

Entrepreneure sociale et éditrice de livres pour enfants, Deborah a créé Golden Baobab en 2008 pour permettre aux auteurs et aux illustrateurs africains de raconter des histoires pour enfants. À travers les livres de Golden Baobab, les enfants sont exposés à des personnages de différents pays et de différentes cultures, langues, religions et ethnies. Cela amène les enfants à développer une perception positive de la différence et à acquérir la pensée critique nécessaire pour changer les stéréotypes et les préjugés.

Cette organisation littéraire à but non lucratif remet également le seul prix au monde qui inspire et célèbre les auteurs et les illustrateurs africains, le Prix Golden Baobab. Maintenant dans sa 11e année, le Prix a reçu la candidature de plus de 2 000 nouvelles histoires et illustrations pour enfants africains et a offert du soutien financier ainsi que des possibilités de publication en plus de travailler pour créer des liens entre les éditeurs du monde entier et les histoires d’enfants africains.

Pour aider à partager les histoires de ces auteurs avec de plus en plus de lecteurs, Deborah a créé l’African Bureau Stories, une maison d’édition de livres pour enfants et une entreprise sociale qui publie des histoires de différentes cultures et ethnies à travers l’Afrique. Ces histoires reflètent le vaste éventail d’expériences africaines.

Deborah s’est employée à assurer une représentation égale dans les livres d’enfants. En cours de route, elle a profondément enrichi la littérature pour enfants en y apportant de nouvelles voix et perspectives. Par son travail, Deborah montre aux enfants que le monde est un endroit plus fort et plus intéressant lorsque nous chérissons et valorisons diverses cultures et histoires.

La littérature influence la façon dont les enfants voient le monde et s’y inscrivent. S’ils sont absents des histoires qu’ils affectionnent, ils pourraient commencer à croire que leur culture et leur voix ne comptent pas. Deborah veut donner à tous les enfants l’occasion de se reconnaître dans les livres qu’ils lisent. Elle espère s’assurer que les jeunes lecteurs de partout aient accès à des livres qui représentent fidèlement l’Afrique et qui sont créés par des Africains.

La recherche démontre qu’un fort sentiment d’appartenance et d’inclusion améliore la santé mentale et le bien-être des enfants, ce qui, en retour, augmente leur acceptation des besoins des autres et leur sensibilité à cet égard. Deborah croit que lorsque les enfants africains se voient représentés dans les arts et la littérature, ils développent une meilleure appréciation de leur propre culture, ce qui les rend plus ouverts à entrer en contact avec la diversité des gens qui les entourent.

The “Learning History that is not yet History” Team

« C’est très important pour notre équipe de recevoir une reconnaissance internationale pour le travail qu’elle fait depuis plus de 16 ans avec un appui minimal. Pour les enseignants, il est très difficile de composer, en classe, avec le caractère délicat de l’histoire des guerres yougoslaves des années 1990. Nous sommes personnellement liés à sujet et plusieurs d’entre nous, y compris des membres de cette équipe, ne l’ont pas abordé pendant des décennies. Il est maintenant temps de parler du passé de façon responsable et d’enseigner les conflits de 1990 afin de bâtir un avenir empreint de compréhension mutuelle, de paix et de réconciliation. »

Bojana Dujkovic, représentante de l’équipe « Apprendre l’histoire qui ne fait pas encore partie de l’histoire »

L’histoire de l’équipe

Un groupe d’étudiants s’approche d’une photo représentant un soldat bosniaque durant les conflits de 1990. Un autre groupe étudie une photo de personnes qui marchent dans les rues jonchées de décombres à Vukovar, en Croatie, en 1991. On leur demande : « Que voyez-vous? Comment vous sentez-vous devant cette photo? Selon vous, qu’est-ce que le photographe essaie de vous montrer? » Parler d’une photo peut sembler être un exercice d’apprentissage simple, mais dans les pays de l’ex-Yougoslavie, il s’agit d’un exercice fort complexe.

Dans les écoles, les guerres sont soit ignorées, soit enseignées de façon simpliste et unidimensionnelle, ce qui empêche les apprenants d’éprouver de la compassion envers autrui ou d’autres groupes ethniques. Un groupe de spécialistes de l’histoire et de l’éducation provenant d’un bout à l’autre des Balkans occidentaux veulent changer cela. En 2003, ils ont formé un réseau régional unique qui depuis, s’est agrandi pour inclure des membres de la Bosnie-Herzégovine, de la Croatie, du Monténégro, de la Serbie, de la Macédoine, du Kosovo et de la Slovénie. Les enseignants viennent de différents contextes culturels, ethniques, professionnels et religieux. Ayant fait l’expérience des conflits de 1990 dans leur pays, ils ont écarté leurs préjugés personnels pour se réunir et promouvoir un enseignement responsable du passé.

Reconnaissant le danger que les récits simplistes et nationalistes représentent pour la paix sociale, ces spécialistes ont décidé de proposer une approche alternative. Ils croient que les enseignants et les étudiants doivent entrer en contact avec de multiples perspectives sur les guerres et se faire encourager à exercer leur esprit critique et leur empathie face à l’histoire.

En 2016, le réseau d’historiens et d’enseignants de la Bosnie-Herzégovine, de la Croatie, du Monténégro et de la Serbie s’est associé à l’Association européenne des enseignants d’histoire (EUROCLIO) et a lancé un projet qui a ensuite donné un nom à l’équipe : « Apprendre l’histoire qui ne fait pas encore partie de l’histoire » (LHH).

Conscient que les enseignants se sentent souvent mal outillés et non soutenus pour enseigner ces sujets délicats d’un point de vue allant à l’encontre d’un récit dominant et ethnocentrique, l’équipe LHH a créé une base de données de ressources gratuites. Ces livres, articles, vidéos et photos soutiennent et motivent les enseignants à enseigner les guerres de 1990 selon de multiples points de vue sans victimiser ou blâmer les autres. Au lieu de présenter une interprétation précise des événements, l’équipe LHH se concentre sur la vie quotidienne des personnes impliquées dans les conflits pour favoriser le sentiment d’une expérience commune.

Avec le partenariat et la collaboration des membres de l’équipe LHH, pour la première fois, des enseignants d’histoire en provenance de pays frappés par les guerres de 1990 ont révisé les ressources pédagogiques accessibles sur le sujet. Les résultats de leur projet – une base de données, du matériel pédagogique et des séances de formation pour enseignants – sont la seule approche objective proposée pour apprendre et enseigner l’histoire des récentes guerres.

L’équipe LHH donne aux étudiants et aux enseignants les outils pour lutter contre le type de division et d’étroitesse d’esprit qui pourraient entraîner de nouveaux conflits. En stimulant les discussions, la réflexion et la reconnaissance d’une expérience commune, l’équipe LHH utilise l’histoire en tant qu’outil puissant pour établir un pays durable dans sa région.

Les conflits qui se sont déroulés dans l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 continuent d’avoir un profond impact sur la vie des gens. Les relations entre différents pays et groupes ethniques sont délicates et les guerres demeurent un sujet controversé. Les différents pays des Balkans occidentaux se souviennent des années 1990 de façons divergentes et souvent contradictoires. Les efforts pour faire face au passé ont été très lents et unilatéraux. Les guerres n’étaient pas enseignées dans les écoles jusqu’à récemment. Certaines interprétations de l’histoire sont promues par les élites politiques comme étant le récit « officiel », lequel est ensuite utilisé pour redéfinir les identités ethniques et politiques de manière à marginaliser et à exclure certains groupes tout en amplifiant le nationalisme. Ce récit se perpétue dans le système d’éducation.